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Analyse « The Idiots » de Lars Von Trier: un artiste enchainé

A l’instar des deux autres grands films du Dogme 95, Festen de Thomas Vinterberg et Julien Donkey Boy d’Harmony Korine, The Idiots met en scène la dislocation d’une structure communautaire. Si cette structure était familiale pour les deux premiers films, elle est utopique et politique dans le cas de The Idiots. Le Dogme 95 est connu pour avoir repris le principe du Manifeste, permettant d’identifier des artistes meut d’un style semblable et de même aspirations artistiques, voire sociales et politiques. Les conditions d’écriture des règles du Dogme 95 (rédigées, selon la légende, en 30 min par Vinterberg et Von Trier) s’ajoutant à l’ironie et aux contradictions intrinsèques de ces règles conduisent à s’interroger sur les intentions de cette communauté d’artistes vouant allégeance à un manifeste.

Tout d’abord, il faut bien saisir que si Von Trier n’a réalisé qu’un seul film selon les règles du Dogme, c’est bien car il s’est toujours placé en rupture par rapport à ses travaux antérieurs. Ainsi, le supernaturel de The Kingdom (1995) rompt avec le style maniériste et la gravité d’Europa (1991). On ne s’étonnera donc pas qu’au dogmatique The Idiots succède Dancer in the dark, comédie musicale désenchantée (et donc film de genre violant la règle n.8 du Dogma 1995). De la même manière, les deux films brechtiens Dogville et Manderlay ont mis en scène un dénuement total des décors laissant la place aux seuls corps alors qu’Antichrist a pris le partie d’une emprise du Monde (ou plutôt d’une cosmogonie) sur le corps d’une femme (pensons ici au plan où le corps de Charlotte Gainsbourg s’enfonce dans le sol herbeux d’Eden et finit par prendre une teinte verdâtre). Von Trier s’évertue donc constamment à détruire ce qu’il a construit. Lire la suite

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