Archives de Catégorie: Analyse détaillée

Analyse et critique en profondeur de films de réalisateurs divers.

Nancy Spero à Beaubourg : du théâtre de la terreur au théâtre de la cruauté (tentative de rapprochement avec « 29 palms » de Bruno Dumont.)

L’art de Nancy Spero, artiste américaine née en 1926 et décédée en 2009, se nourrit d’influences aussi nombreuses que diverses. Des figures issues du Livre des Morts égyptien côtoient des têtes monstrueuses provenant de la tapisserie de l’Apocalypse d’Angers.
Dans cet essai, nous nous proposons, dans un premier temps, de voir en quoi le travail de Spero est tout tendu vers un passage du « théâtre de l’horreur », tel que défini par Michel Foucault dans Surveiller et Punir, à un « théâtre de la cruauté » artaldien, régénéré picturalement. Le détour par le cinéma de Bruno Dumont sera l’occasion de voir en quoi la critique du « phallogocentrisme » de Spero trouve un point d’ancrage dans le film 29 palms. Lire la suite

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Analyse « The Idiots » de Lars Von Trier: un artiste enchainé

A l’instar des deux autres grands films du Dogme 95, Festen de Thomas Vinterberg et Julien Donkey Boy d’Harmony Korine, The Idiots met en scène la dislocation d’une structure communautaire. Si cette structure était familiale pour les deux premiers films, elle est utopique et politique dans le cas de The Idiots. Le Dogme 95 est connu pour avoir repris le principe du Manifeste, permettant d’identifier des artistes meut d’un style semblable et de même aspirations artistiques, voire sociales et politiques. Les conditions d’écriture des règles du Dogme 95 (rédigées, selon la légende, en 30 min par Vinterberg et Von Trier) s’ajoutant à l’ironie et aux contradictions intrinsèques de ces règles conduisent à s’interroger sur les intentions de cette communauté d’artistes vouant allégeance à un manifeste.

Tout d’abord, il faut bien saisir que si Von Trier n’a réalisé qu’un seul film selon les règles du Dogme, c’est bien car il s’est toujours placé en rupture par rapport à ses travaux antérieurs. Ainsi, le supernaturel de The Kingdom (1995) rompt avec le style maniériste et la gravité d’Europa (1991). On ne s’étonnera donc pas qu’au dogmatique The Idiots succède Dancer in the dark, comédie musicale désenchantée (et donc film de genre violant la règle n.8 du Dogma 1995). De la même manière, les deux films brechtiens Dogville et Manderlay ont mis en scène un dénuement total des décors laissant la place aux seuls corps alors qu’Antichrist a pris le partie d’une emprise du Monde (ou plutôt d’une cosmogonie) sur le corps d’une femme (pensons ici au plan où le corps de Charlotte Gainsbourg s’enfonce dans le sol herbeux d’Eden et finit par prendre une teinte verdâtre). Von Trier s’évertue donc constamment à détruire ce qu’il a construit. Lire la suite

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Analyse « A History of Violence » de D. Cronenberg

D’une histoire singulière de violence, en passant par la violence comme constitutive de la fondation d’un pays, jusqu’au mythe originel de la Violence, Cronenberg joue sur différents niveaux de lecture tout en livrant un film de facture plutôt classique.

A History of Violence demeure pourtant un pur produit Cronenberg, poursuivant ses réflexions sur les relations entre le corps et l’esprit, entre Eros et Thanatos. Comme souvent chez lui, les pulsions de l’esprit, qu’elles soient sexuelles ou morbides, aboutissent immanquablement dans des séquelles physiques qui abiment les corps (les éruptions cutanées de Chromosome 3), voire les transforment (le corps de Jeff Goldblum dans La mouche, le corps méta-humain robotisé de Rosanna Arquette dans Crash).

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Analyse « Notre musique » de Godard (partie II)

La scène où Godard donne une conférence pour des étudiants de Bosnie révèle ses convictions en matière de Montage et de dialogue. Une fois de plus, Godard parle de l’imaginaire et du réel, cette fois-ci en s’appuyant sur une anecdote. Ainsi, il raconte l’histoire de deux physiciens allemands qui en 1938 visitèrent un château qui n’avait, en soi, rien d’extraordinaire mais qui se trouvait être le château d’Elsinore, château mentionné dans Hamlet. Le seul fait qu’il puisse évoquer l’œuvre de Shakespeare dans notre imaginaire en fait un château extraordinaire.

Et Godard de déclarer : « Elsinore le réel, Hamlet l’imaginaire. Champ et contrechamp. Imaginaire, certitude. Réel, incertitude. Le principe du cinéma : aller à la lumière et la diriger sur notre nuit. Notre musique ».

Alors qu’il dit prononce ces mots, le spectateur observe une lampe se balancer au plafond d’une pièce plongée dans l’obscurité …

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Analyse « Notre Musique » de Jean-Luc Godard (partie I)

Réalisé en 2004, trois ans après les attentats du 11 septembre et seulement un an après l’invasion des Américains en Irak, Notre Musique est en quelque sorte la réponse de Godard aux guerres à travers les âges. Cependant, depuis les Histoires du cinéma (1999), Godard semble s’être détourné de la conception kracauerienne de la rédemption de la réalité par l’image cinématographique, pour être désormais plus proche de la conception de l’Histoire selon Walter Benjamin. Alors que The Old Place (1998) est « à la fois une leçon pour apprendre à regarder le monde, et la documentation de la souffrance »[1], Eloge de l’amour (2001) s’est davantage apparenté à une étude de l’appropriation de la mémoire collective. Contrairement au Godard des années 1960, qui essayait de capter le Zeitgeist d’une époque, ses films et courts-métrages récents, de par leur volonté d’interroger un passé à la fois lointain et présent, ont été considérés comme passéistes par une grande partie de la critique. Notre musique est la preuve de l’illégitimité d’une telle critique tant ce film cherche à réactiver le passé (la Guerre Civile américaine, l’Holocauste, le Génocide des Indiens) pour mieux réfléchir sur les évènements historiques récents (guerre Bosnie contre Croatie) et sur la possibilité d’un avenir commun (notamment sur la question Israélo-palestinienne).

Le film de Godard est structuré à la manière de La Divine Comédie de Dante selon trois royaumes : l’Enfer (une séquence de 8 minutes mélangeant images de fiction et images d’archives historiques avec comme thème commun la guerre), le Purgatoire (la diégèse principale du film qui a lieu à Sarajevo), et le Paradis (énigmatique séquence finale). Construit comme un collage de citations littéraires, politiques et philosophiques issues de sources éclectiques, Godard crée du sens tout en laissant le spectateur errer à travers la « foret de symboles » qu’est Notre musique.

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Analyse « Vivre sa vie » de Jean-Luc Godard

En 1962, après plusieurs échecs commerciaux consécutifs, la fin de la Nouvelle Vague semble se profiler. Pourtant, c’était sans compter sur la révolution cinématographique que va engendrer le quatrième film de Godard. Toujours autant aux prises avec son temps et avec les mouvements intellectuels contemporains, Godard rompt avec l’héritage griffithien du montage et réinvente le plan séquence par des cadres et des mouvements de caméra aussi audacieux esthétiquement que justes à l’égard de son propos.

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« The Brown Bunny » de Vincent Gallo: Spleen et Idéal

1er fragment de "Buffalo 66"

Gallo as Billy Brown :

Dans The Brown Bunny, Gallo poursuit l’élaboration d’un personnage que l’on retrouve transposé mais toujours retravaillé de film en film. Ce personnage originel n’est autre que Billy Brown, héros déjà de  Buffalo 66 en 1998, premier film de Gallo en tant que réalisateur. La première image de ce film, premier fragment de l’œuvre de Gallo derrière la caméra, présente le jeune Billy Brown, né à Buffalo, agé de 7 ans avec son chien Bingo. Dans ce premier film autant que dans The Brown Bunny transparait une nostalgie pour l’enfance propre à un écrivain comme J. D. Salinger. Rancœur face à une enfance volée dans Buffalo 66, nostalgie d’une vie antérieure dans The Brown Bunny, le personnage de Gallo dissimule sa fragilité derrière une virilité absconse.   Lire la suite

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